Olivier Dekokere

Etat des lieux de l’industrie agroalimentaire

Etat des lieux de l’industrie agroalimentaire

Depuis plus de onze mille ans, l’agriculture est le cœur même de l’économie de toute société. En effet, la fonction première de ce secteur d’activité est de subvenir aux besoins biologiques de ses membres. De ce fait, la transformation de matières premières agricoles périssables en aliments stockables et utilisables pour la préparation des repas (définition de l’industrie agroalimentaire) est présente depuis le néolithique. Les hommes préhistoriques de l’époque fabriquaient déjà des farines, du fromage et des boissons fermentées. Ils faisaient aussi sécher et fumer de la viande et du poisson.

Cette activité est longtemps restée dans le domaine familial ou artisanal jusqu’à la révolution industrielle du XIXème siècle, soit l’apparition de l’industrie alimentaire comme nous la connaissons aujourd’hui. Elle s’est développée, comme d’autres secteurs (textile, métallurgie), grâce aux nombreuses innovations techniques : procédé d’extraction du sucre de betterave, méthode de stérilisation thermique en conserverie, fabrication du chocolat, etc. Ces progrès techniques sont aussi accompagnés de nouvelles formes d’organisation de la production, le passage de l’artisanat à l’industrie. C’est aussi durant ce siècle que se sont fondées les plus grandes entreprises du secteur comme Nestlé, Unilever, etc. Cependant, il faut avoir en tête que les plus grandes innovations s’effectuent après la Seconde Guerre mondiale avec, notamment, la création de Yoplait (1964) où Olivier Dekokere a travaillé.

Aujourd’hui, l’industrie agroalimentaire est au cœur d’un système complexe destiné à nourrir les hommes. En France, par exemple, l’agroalimentaire tient une place très importante dans ce système, une place qui sera détaillée au cours de cet article.

L’industrie agroalimentaire, une filiale importante et diversifiée

Dans la majorité des pays, l’industrie agroalimentaire se place au premier rang économique, avec un poids qui peut aller de 10 à 30%. En 2009, par exemple, elle avait une production de 4 000 milliards de dollars et elle employait 25 millions de salariés. Cette énorme importance peut s’expliquer par le fait qu’elle se trouve à la croisée des chemins entre l’agriculture et l’alimentation.

Cependant, c’est un marché très complexe car l’industrie agroalimentaire est très diversifiée. Elle se compose de nombreuses filières, comme la transformation des céréales, des oléagineux, des produits animaux, qui possèdent toutes des caractéristiques technologiques, économiques et managériales différentes qui les différencient. Par exemple, une personne comme Olivier Dekokere peut facilement nous parler de ces spécificités, étant donné qu’il a travaillé dans de nombreux grands groupes agroalimentaires dans des domaines d’expertise différents : Lactalis, Sodiaal, Agrial, etc. Ainsi, en fonction de ce que produit la société, ici soit du lait soit de la volaille, il est nécessaire d’adapter les modes de production, les techniques d’élevage, entre autre. De plus, il faut aussi tenir compte des contraintes agro-climatiques, de marché et de niveau économique qui font que les industries agroalimentaires sont plus efficientes dans certains pays. De ce fait, toujours en 2009, les pays à haut revenu (soit 16% de la population mondiale) représentaient 64% de la production en valeur du marché agroalimentaire mondial alors que les pays en développement qui représentaient 32% de la population ne faisaient que 6% de la production.

Enfin, il faut savoir que seulement 10 pays concentrent 85% de la production mondiale et 70% des salariés dans le secteur de l’agroalimentaire. Dans ce classement, nous trouvons naturellement les pays riches comme les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, la Belgique et l’Espagne ; et les pays émergents comme la Chine, le Brésil et l’Inde.

En résumé, l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) distingue 10 secteurs d’activités dans l’industrie agroalimentaire :

– La transformation et la conservation de la viande et la préparation de produits à base de viande ; – La transformation et la conservation de poisson, de crustacés et de mollusques ;

– La transformation et la conservation de fruits et légumes ; – La fabrication d’huiles et de graisses végétales et animales ;

– La fabrication de produits laitiers ; – Le travail des grains et la production de produits amylacés (à base d’amidon) ;

– La fabrication de produits de boulangerie/pâtisserie et de pâtes alimentaires ; – La fabrication d’autres produits alimentaires ;

– La fabrication d’aliments pour animaux ; – La fabrication de boissons.

  Avec cette grande diversité et son importance dans l’économies mondiale, il est naturel que l’industrie agroalimentaire regroupe des technologies de pointe.

Une industrie de pointe aux performances économiques élevées

Cette performance économique est due, en grande partie, au fait qu’il y a une très grande compétitivité dans ce secteur. En effet, le but premier de l’industrie agroalimentaire est de faire du profil. De ce fait, les différents acteurs mondiaux sont en recherche constante de nouvelles technologies pour devancer leurs concurrents.

Dans les pays riches et donc fortement industrialisés, le marché de l’agroalimentaire est majoritairement constitué par la grande distribution qui est elle-même très concurrentielle. Pour s’apercevoir de cette importance, il suffit de constater que 80% des ménages vont en grande surface pour faire leurs achats alimentaires en Europe. De ce fait, la guerre entre les géants de la grande distribution se fait principalement sur les prix. Celui qui la remportera sera celui qui pratiquera les prix les plus bas. Seulement, cette diminution pour le consommateur se fait aussi ressentir par les fournisseurs du secteur de l’agroalimentaire.

Cette obsession de productivité dans le secteur de l’agroalimentaire pousse les acteurs du secteur à constamment innover. Nous assistons maintenant à la construction d’usine de plus en plus grandes et à la robotisation de ces dernières. De plus, les progrès technologiques ont permis d’énormément réduire les pertes et d’améliorer les contrôles de qualité sanitaire des produits. Cependant, ces avancées ont aussi eu des répercussions néfastes comme la diminution importante des emplois, des effets négatifs sur l’environnement et sur la sécurité alimentaire.

Enfin, il faut aussi être conscient du fait que ces industries ne se contentent pas d’innover sur le cœur de leur activité. En effet, elles investissent aussi énormément d’argent sur de l’immatériel. Nous entendons par là, la recherche et développement et la publicité.

L’industrie agroalimentaire n’échappe pas aux lois du marché

Malgré le fait que l’industrie agroalimentaire travaille avec du vivant, elle n’échappe pas aux lois du marché et à la mondialisation. En effet, les échanges avec le reste du monde n’ont jamais été aussi intenses sans pour autant garantir la sécurité alimentaire. Contrairement à l’agriculture, le secteur de l’agroalimentaire a pu s’adapter rapidement et facilement aux conditions des exportations grâce à sa capacité à rendre stockable et transportable des produits périssables.

Ainsi, les exportations mondiales de produits agricoles et alimentaires ont été multipliées par 4,4 dans les 30 dernières années pour atteindre un montant de 1 000 milliards de dollars en 2009. L’union européenne se classe à la première place du secteur de l’agroalimentaire avec 54% des exportations et 49% des importations mondiales de produits transformés. Il faut toutefois faire attention aux pays émergents, notamment le Brésil, qui transforme rapidement ce marché. En effet, il est possible de voir le Brésil à la tête des exportations dans les prochaines années.

Cependant, là encore il y a des effets néfastes à l’exportation massive de denrées alimentaires. Par exemple, on a assisté à l’inondation du marché africains par le poulet congelé venant des Etats-Unis ou du Brésil qui a totalement détruit les filières locales et fait disparaître le patrimoine culinaire régional. D’un autre côté, la globalisation des échanges entre les pays augmente aussi les risques sanitaires avec une vulnérabilité accrue aux pandémies suite à la concentration de la production animale. Enfin le plus actuel des problèmes est surement l’impact négatif sur l’environnement puisque les importations et les exportations rejettent d’énormes quantité de gaz à effet de serre et donc polluent l’atmosphère et favorisent le changement climatique.

De ce fait, au vu de ces différents problèmes, les mouvements de contestation se généralisent dans tous les pays et sont amplifiés et transmis dans le monde entier grâce au numérique. Les problèmes que peuvent rencontrer l’industrie agroalimentaire déclenchent des réactions et des crises dans le reste du monde. Ainsi, nous nous apercevons que les consommateurs ne sont pas seulement là pour consommer bêtement mais ils peuvent amener le marché à se modifier de manière positive et ce durablement.

Le rôle des consommateurs dans l’industrie agroalimentaire

Même si l’agriculture et l’industrie agroalimentaire ont relevé le défi de nourrir toute la population mondiale, certaines personnes subissent différents problèmes comme des carences ou de l’obésité.

Par rapport aux objectifs fixés par la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations) en 1996, l’agriculture et l’industrie agroalimentaire doivent être capables d’assurer à tous une alimentation de qualité, en quantité suffisante et conforme aux cultures locales. D’un certain côté, ce défi a été relevé voire même dépassé dans les 50 dernières années. En effet, les disponibilités en ressources alimentaires par habitant dépassent largement les besoins définis par les nutritionnistes. De plus, les risques de toxicité microbienne à l’échelle mondiale ont fortement diminué grâce aux progrès de la science et des technologies.

Néanmoins, il n’y a pas que des avantages et tous les objectifs n’ont pas été respectés. Même si les quantités de ressources alimentaires sont supérieurs aux besoins de la population mondiale, nous pouvons déplorer le fait que tout le monde n’a pas accès à cette nourriture. Par exemple, encore maintenant, de nombreux pays d’Afrique connaissent des famines et ont du mal à avoir de l’eau potable. Il existe donc des disparités entre les pays et même au sein de ces derniers. En effet, le surpoids, en 2008, concernait 1,5 milliards de personnes et l’obésité plus de 500 millions d’individus de plus de 20 ans, d’après OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Ce constat est très visible aux Etats-Unis, un des pays les plus développés du monde. De même, la FAO a estimé qu’un milliard de personnes souffrent de déficit calorique, de carences en oligoéléments (notamment en fer) et 2 milliards de personnes manquent de vitamines. Ces carences entraînent de graves troubles de la santé qui sont souvent irréversibles notamment chez les nourrissons. Enfin, les pesticides qui sont utilisés dans l’agriculture intensive pour augmenter les rendements sont suspectés par les scientifiques d’avoir des effets pathologiques sévères notamment à cause de l’accumulation de métaux lourds dans l’organisme.

De ce fait, le rôle des consommateurs est primordial pour changer une industrie agroalimentaire qui ne cherche que le profit et la productivité au détriment de la santé du plus grand nombre. Pourtant on constate déjà qu’il y a une prise de conscience de la part des consommateurs. Ils ne se contentent plus d’acheter bêtement sans réfléchir. Il y a longtemps qu’ils ont compris que l’industrie agroalimentaire et l’agriculture intensive possèdent plus d’inconvénients qu’elle n’a d’avantages. De ce fait, ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers des produits issus de l’agriculture biologique ou durable. De même, les consommateurs privilégient maintenant les produits labellisés comme les Volailles de Challans, où a travaillé Dekokere Olivier, qui sont certifiés Label Rouge. Si les géants de l’agroalimentaire s’aperçoivent qu’ils commencent à moins vendre, ils changeront leur manière de produire et s’appuieront sur ce qui plaît aux consommateurs, c’est-à-dire, les produits biologiques qui ne favorisent pas le changement climatique et qui se soucient du bien-être animal.

 

L’état des lieux de l’industrie agroalimentaire n’est pas des plus reluisant, pourtant les progrès amenés par ce secteur ont permis de garantir des quantités de ressources alimentaires disponibles pour tous les habitants de la planète. Malheureusement, la recherche de profit, avant tout, a fait que certaines personnes ne peuvent pas en bénéficier. De plus, l’agriculture intensive qui est principalement utilisée dans ce marché tue lentement la planète en déversant continuellement des produits chimiques dans l’eau et dans le sol et en rejetant des polluants dans l’atmosphère. Pourtant, les alternatives existent pour que l’agriculture rime avec protection de la planète, bien-être animal et nourriture pour tous. Cependant, cette impulsion de changement doit venir des consommateurs. Ils doivent acheter responsable et privilégier les produits bios. Les choses bougent lentement et de nombreux géants de l’agroalimentaire commencent à miser sérieusement sur ce type de production pour le bien de la Terre et des Hommes.

Olivier Dekokere

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